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Le politologue Eric Mathias Owona Nguini et le philosophe Fabien Eboussi Boulaga avaient alors comme modérateur Odile Dobner, la veuve de Mongo Beti. C’est Fabien Eboussi Boulaga qui a l’honneur d’expliquer les circonstances de la tenue de cette conférence. «Nous ne sommes pas ici pour nous lamenter. Mais nous sommes là pour continuer le mode de vie de Mongo Beti, qui était lui-même l’illustration de la lutte pour la transformation. Comme lui, nous nous tournons davantage vers l’avenir», a-t-il précisé. La conjoncture s’y prêtant, le philosophe a profité pour faire le point sur la situation socio-politique du Cameroun pour se rendre compte que «les choses vont mal». Il s’est d’ailleurs posé une question : «Comment se fait-il qu’un régime si nul puisse avoir une telle longévité ?».

Fabien Eboussi Boulaga mongo_betidont on connaît le franc parler a par ailleurs confié à l’assistance qu’il a mené une enquête pour s’enquérir des raisons pour lesquelles les jeunes s’intéressaient de moins en moins à la politique, sinon plus du tout. Entre autres raisons, le fait que les jeunes se disent que, «militer ne suffit plus. Il faut automatiquement faire partie des sectes et des réseaux mafieux pour aspirer à une ascension sociale».

Eric Mathias Owona Nguini à son tour n’a pas tari d’éloges pour Mongo Beti, auteur de la célèbre oeuvre littéraire «Ville cruelle». Pour lui, «cet écrivain était un homme dont la grandeur littéraire ne peut souffrir d’aucune critique». C’est d’ailleurs pour cette raison que ce dernier mentionne que «L’écrivain ne saurait se limiter à l’art pour l’art, c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne s’entendait pas avec des écrivains comme Camara Laye». Il relèvera également que cet homme se battait pour l’égalité comme principale valeur de l’humanité et enfin qu’il fut un homme exemplaire sur le plan de la formation des mentalités. Il présentera également «Eza Boto» comme un promoteur «de la métaphysique de la réalisation, de l’esthétique de l’illumination, de l’éthique de l’indignation…», avant de conclure qu’en fait, «le parcours de Mongo Beti retrace en réalité l’expression du parcours de toute une civilisation». Seulement, le politologue fait un constat : «Ce pourquoi Mongo Beti se battait est finalement en train de se mettre en place, le système politique actuel est entré en pleine décomposition». L’auteur de «Ville cruelle» est décédé le 7 octobre 1991 alors qu’il était âgé de 69 ans.

Parcours
Ses études, il les entame à l’école missionnaire de Mbalmayo, puis entre au lycée Leclerc à Yaoundé, d’où il ressort bachelier en 1951. Il s’installe en France pour y poursuivre des études supérieures de Lettres à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne à Paris. De son premier roman Ville cruelle, qu’il publie en 1954 sous le pseudonyme d’Eza Boto, jusqu’au Branle-bas en noir et blanc, sorti l’année d’avant sa mort, la vie Mongo Béti aura été un périple à rebondissements. En 1956, il fait déjà scandale avec son roman Le pauvre Christ de Bomba, du fait de la description satirique qu’il y fait du monde missionnaire et colonial. Avant d’être censuré en 1972, à la parution de son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation. Après quatre années de bataille judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspero obtiennent finalement l’annulation de l’arrêté d’interdiction de Main basse. Entre temps il ne s’arrête pas de dénoncer, critiquer les abus du pouvoir, les maux apportés à l’Afrique par les colonisateurs, à travers les œuvres comme La ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979), Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1983), La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobe (1985) et le Dictionnaire de la négritude (1989). En 1978, il avait déjà crée avec son épouse Odile la revue « Peuples noirs, Peuples Africains », pour fournir aux peuples de la parole un lieu d'expression.

Jules Bertin Kameni


 

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