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BUSINESS

L’activité qui garde pourtant toute son importance dans la société camerounaise, est toujours considérée comme une activité de dernier rang. Comme si être le cordonnier, était un rattrapé de la société

Merlin est un jeune, camerounais, dont le principal objectif n’a toujours été que de trouver sa place dans la société, et se rendre utile. Arrivé de Bouda il y a une dizaine d’années, il a été accueilli par son frère aîné, cordonnier, ayant un atelier au quartier Dragages. Evitant de rester à longueur de journée à la maison, il décide d’accompagner son frère à l’atelier, et embrasse ainsi, au fil des jours le métier de cordonnier. Son frère aîné, qui a pensé à l’avenir de Merlin, le forme, et lui laisse l’atelier, pour s’installer ailleurs. Aujourd’hui, Merlin, qui avec le temps s’est fait surnommer Fokou, du nom d’un supermarché célèbre dans la ville de Yaoundé, n’a rien d’un jeune épanoui. En plus de trois ans d’exercice, son activité bat de l’aile.

Dans soCordonniern atelier, de deux mètres et demi environs sur deux, il coud, conçoit, recoud, répare et adapte des chaussures pour femmes, hommes, et enfants. Une machine à coudre de marque Singer, un marteau, des boîtes de cirage, et plusieurs autres outils de cordonnier constituent ses principaux outils de travail. A l’entrée, on est frappé par la présence de petits bouts de cuir, dont la quantité a finir par constituer un plancher de cuir. « Je sors tous les matins pour aller chercher de vieux blousons en cuir au marché », confie-t-il. « Je choisis, les couleurs en fonction des commandes, mais aussi en fonction des peaux. Quand je vois une peau de crocodile, je sais directement que ça va passer sur le marché. Il y a aussi les couleurs comme le marron, le blanc que les gens aiment beaucoup », explique-t-il. Le blouson, dont le prix varie entre 2000 et 5000 Fcfa, lui permet de fabriquer deux paires de chaussures, parfois trois, ceci dépend de la pointure. Outre le cuir, il a besoin pour la fabrication de ses chaussures, des semelles, des clous, de la colle forte, et du fil.

Ici, les chaussures n’ont pas vraiment de prix standard. Ils se fixent généralement après négociations avec le client. Devenu patron, Merlin, ne ressent pas une vraie avancée entre aujourd’hui et hier. Selon lui, « Les gens voient toujours le cordonnier comme un dernier », pour dire un moins que rien. « Un client peut acheter une chaussure à 50 000 fcfa, et lorsqu’il faut changer la semelle de la chaussure, il n’arrive pas à payer 3000 Fcfa. Même le cirage que je fais à 100, parfois 200 Fcfa, je trouve toujours des clients qui discutent le prix. Certains viennent même demander de leur mettre un peu, prétextant qu’ils n’ont pas d’argent», confie-t-il, un peu énervé. Des attitudes qui lui permettent de croire que selon les autres, il ne doit pas avoir une vie décente.

« Le problème c’est que les gens ne veulent pas payer normalement », dit-il. En prenant l’exemple d’une paire de chaussures peau de crocodile faite maison qu’il tient à la main, il confie : « Une chaussure comme celle-ci peut coûter 50 000, voire 500 000 Fcfa en boutique. Moi ici, je vends une chaussure comme celle-ci à 20 000, maximum 30 000. Mais les gens pensent que c’est cher. Ils préfèrent aller acheter la même chaussure à prix d’or en boutique ».

Grâce aux trois petits cireurs étudié à l’école par la plupart des jeunes trentenaires, l’activité des cordonniers a trouvé des émules. Ainsi, beaucoup de jeunes, croyant y trouver leur pain quotidien, y ont trouvé refuge. Bien que leurs ateliers soient régulièrement visités par des clients, leur rémunération reste encore minable. André, la trentaine proche, a installé un atelier de cordonnerie au quartier Tam-Tam à Biyem-Assi. Lui aussi, partage les mêmes difficultés que Merlin. « Il y a des gens qui sortent de chez eux, avec des chaussures en bon état. Arrivés en route, leur chaussure se gâte. Quand ils arrivent ici, je leur fixe le prix, et ils disent que c’est cher. Parfois, ils repartent avec la chaussure gâtée au pied, tout simplement parce qu’ils ne veulent pas payer 1000 Fcfa ou 2000 », confie-t-il.

Mais tous ces déboires, Paul, n’en connaît pas. Ce jeune qui a trouvé un petit coin à l’entrée de l’Hôtel Hilton de Yaoundé, vit amplement de son activité. Son avantage, « c’est que ici, je traite avec des gens qui ont un niveau de vie confortable », explique-t-il. Les prix affichés juste au-dessus de ce qui lui sert de table de rangement, sont bien loin des prix de Merlin et André. Mais malgré le coût élevé de ses prestations, le client paie. « Ils sont conscients de l’importance d’un cordonnier, c’est tout. Ils savent que c’est aussi grâce à leur chaussure qu’ils sont beaux et présentables. C’est pour cela qu’ils payent sans discuter ».

Malgré les difficultés du métier, Merlin et André disent n’avoir jamais pensé à quitter le métier. « C’est la meilleure chose que je sache faire », nous ont-ils respectivement confié. C’est leur part d’héritage, et ils sont prêts à continuer jusqu’au bout du chemin, même si ce chemin parfois, use les souliers.

Frégist TCHOUTA


 

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