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BUSINESS

Chômage, coût abordable des équipements et affluence des téléphones multimédias, ont donné naissance à une nouvelle génération, celle dite des « téléchargeurs ». Les grands carrefours et les quartiers populaires sont pris d’assaut par ces jeunes, dont les services sont appréciés

TlchargeurAssis derrière un ordinateur, Lanta, la vingtaine, travaille, les yeux fixés sur son écran. A côté de lui, se trouve un autre jeune, qui discute avec lui, montrant du doigt des fichiers affichés sur l’écran. Son bureau, constitué d’une tablette, d’une chaise, d’un parapluie et d’une plaque sur laquelle est inscrit : «  Téléchargez vous sons et vidéos ici ». C’est le signe distinctif de cette nouvelle génération de Disc Jockeys dont la principale activité n’est pas de faire dans l’animation, ou la promotion musicale. Mais plutôt dans la vente des musiques via les téléchargements sur des supports physiques (cartes multimédia ou Clés Usb) ou via des téléchargements virtuels, comme les transferts Bluetooth. Son ordinateur n’a pourtant rien de haut de gamme, « c’est un Pentium 4 qui me permet de travailler. Le plus important c’est d’avoir les sons, et un bon baffle. Ils doivent être puissants, de telle sorte que les passants, même ceux qui sont éloignés, sachent qu’il y a un Dj dans le coin », explique-t-il.

Sa matière première, Lanta la trouve dans les cyber cafés tout proches. « Tous les soirs, je vais télécharger les nouveautés. Il y a aussi des clients qui commandent des vieux sons », confie-t-il. Chez lui, le téléchargement du titre coûte 50 Fcfa et la vidéo, 100 Fcfa. Ce qui lui permet de réaliser une recette journalière de 6000 Fcfa. « Mais il ne faut pas croire que c’est beaucoup. Je paie la lumière, je paie la place, je paie le cyber. Ce n’est qu’à la fin que je sais si je gagne ou pas », dit-il un peu énervé. Mais l’humilité de Lanta est trompeuse, et il faut faire le tour de la ville pour s’en rendre compte.

Avantages du multimédia

Avec l’avènement des téléphones multimédias, les camerounais sont devenus friands de musique. Le téléphone, qui a l’avantage d’être portable, s’est modernisé, avec l’ajout d’autres options comme la musique. Généralement dotés d’un volume plus ou moins haut, ils ont progressivement remplacé la bonne vieille chaîne musicale, coûteuse et immobile. Aujourd’hui, c’est chacun qui veut avoir sur lui, les musiques qu’il aime, et les jouer partout où il se trouve. Cette nouvelle habitude, associée au coût abordable du matériel pour le téléchargement, a encouragé l’éclosion de la nouvelle génération des Dj de rue.

Au quartier Mvan, cette catégorie de Dj a progressivement envahi les trottoirs. Dans ce quartier situé à la périphérie de la ville, le gouvernement a érigé la plus grande gare routière da la ville. Les bus en partance pour Douala, Edéa, Kribi, Abong-Bang et plusieurs autres villes du Littoral, du Sud et de l’Est, ont fait de cette zone un coin de grand trafic. C’est dans ce va-et-vient incessant des passagers que les « téléchargeurs » tirent leur épingle du jeu. Sur une distance d’environs 500m, pas moins de 10 tablettes de « téléchargeurs » ont été dénombrées. Et tous affirment y trouver leur compte. Il est de même pour le marché Mokolo, et le Marché Central de Yaoundé.

De l’avis de Boris, le choix de la position n’est pas gratuit. Il faut s’installer là où les gens passent beaucoup. Les clients ne sortent pas toujours de chez eux pour venir chercher un son. Parfois, c’est en passant qu’ils s’arrêtent, soit parce qu’ils ont écouté un son qui leur plait, soit parce qu’ils vous voient et veulent quand même avoir un son recherché ».

Vide juridique

Si l’activité des téléchargements, a permis à cette génération de jeunes « téléchargeurs », de gagner leur vie, ils s’exposent aussi à d’autres tracasseries. Parce qu’ils utilisent les œuvres de l’esprit, ces jeunes « téléchargeurs », refusent encore de payer les droits d’auteur. Ainsi, de temps en temps, leur matériel est saisi par les agents de la Socam, et ne sont remis qu’après le payement d’une amande. Selon Maître Lobe, « la justice camerounaise a fonctionné pendant longtemps dans un vide juridique. Le téléchargement étant une nouvelle activité, aucun texte ne régulait le fonctionnement ». Les jeunes se sont donc installés parce qu’ils ont trouvé que cette activité est lucrative, surtout qu’à l’extérieur, le travail est devenu difficile à trouver.

Ce qu’il souhaite aujourd’hui, c’est de voir l’Etat encourager cette activité, en organisant le fonctionnement de l’activité du téléchargement. De telle sorte que chacun puisse gagner.

Frégist TCHOUTA


 

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